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Idées Noires - Le pain et le journal

par lou 8 Novembre 2010, 15:18

Idées Noireshttp://rougememoire.free.fr/dotclear/images/Integrale%20Franquin%20-%20T01%20-%20Idees%20Noires%201200/Franquin%20-%20Idees%20Noires%20-%20003%20-%20petit.jpg

 

 

 

 

Le pain et le journal

 

 

 

 

 

Laurent

 

Le pain et journal, tôt le matin. Tard dans ma fin de nuit. La violence est partout, sauf dans la déprimante constatation que tout le quartier dort encore. Éviter la prostitution mentale, qui consisterait à tirer quelques sonnettes.

 

Six heures trente. Devant la poste, et son grand camion bleu qui manœuvre.

 

Tout de suite après le dernier train du soir. Quand le petit gars parque sa bécane. En pensant à la prochaine manif'.

 

Et entre les deux, la grande mort du sommeil gâché. Celui qu’on a tant de mal à rattraper. Quand j’étais jeune, je pensais que dormir c’était du temps perdu. Aujourd’hui, je voudrais juste me reposer à la demande. Avoir un système d'hibernation intégré, se faire ours pour mieux comprendre la connerie humaine.

 

On devient bizarre en vieillissant. Plus besoin d’alibi. La partie est perdue, c’est plus simple, dans le fond.

 

Marcher, toujours le même chemin. Ville désertée, déjà a moitié nettoyée. Dans des lumières rouges et jaunes, qui font croire à une forme de flicage. Et qui sait si un jour les fleurs n'auront pas une caméra intégrée. Juste pour la sécurité, bien sûr.

 

Prendre conscience de sa grande fatigue, tout de suite après le bistrot du coin. Celui qui est fermé pour les vacances. Tout le boulevard à traverser. Vivement l'automne. Qu'on puisse mettre des coups de pied dans les tas de feuilles. Juste pour emmerder les employés municipaux.

 

Du coté de la gare, on prépare déjà les trains pour ailleurs.

 

Parce que c’est mieux, ailleurs. Tarifé en règle, bien vendu, avec des avantages cumulables au guichet. Même pour les avantages, on doit faire la queue.

 

Juste le temps de donner un bref coup d’œil au journal, bonjour Madame la boulangère. Je connais le chemin par cœur. Un jour, je le ferai les yeux fermés.

 

Et puis je me cognerai dans un platane, et j’aurai encore plus l’air d’un andouille.

 

Rêves fracassés, détestation du réveil matin. Tessons de bouteilles sur le trottoir. Venez vous écorcher gratuitement le cœur. Saigner au milieu des poubelles, c'est toujours une forme de snobisme.

 

Futiles fantômes qui commencent à remuer dans l'ombre. Tout à l'heure, ils brailleront, se mettront sur la gueule à la première occasion.

 

L'humanité a cessé de m'étonner depuis si longtemps. A l'heure d'ouverture des supermarchés,   seul mon sommeil m'intéresse. Encore un jour grillé d'avance.

 

La force de l'habitude.

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